
La Commission européenne vient de voter l’introduction de 16 nouvelles espèces (13 animales et 3 végétales) dans la liste des espèces exotiques envahissantes (EEEE).
En mai, le ministère de l’écologie nous avait fait parvenir une note récapitulative des espèces proposées, avec un récapitulatif de leurs impacts sur les plans écologiques, économiques et sanitaires.
Pour trois de ces espèces, l’aquariophilie était désignée comme étant une voie d’introduction : Faxionius immunis, Cherax destructor et Marisa cornuarietis.
En réponse, nous avions fait part de notre étonnement quant à ces accusations que nous réfutons catégoriquement.
Avant de vous faire part de nos observations concernant l'aquariophilie, nous nous permettons de partager notre étonnement concernant la demande classification du cerf sika (Cervus nippon). Pour nous, cette espèce avait déjà été classée en espèce envahissante par arrêté du 14 février 2018 (Annexe 1).
Pour l"aquariophilie, voici nos remarques concernant trois des espèces citées dans la proposition :
En avant-propos, permettez-nous de rappeler la place importante des espèces non-natives dans la biodiversité de notre continent et qui auraient pu facilement être considérées comme invasives selon l’approche actuelle. Nous ne citerons que la truite arc-en-ciel (Oncorhynchus mykiss) qui a été introduite en Europe au XIXe siècle. Or, de nos jours, cette truite occupe une place de premier ordre dans les ressources halieutiques en France et en Europe.
Notre fédération considère donc, quant à elle, qu’il convient de réfléchir de manière très approfondie sur les divers impacts qu’ils soient positifs ou négatifs des espèces « non-natives » avant de les mettre au ban de notre biodiversité.
Dans la liste que vous avez bien voulue nous soumettre, notre fédération s’estime concernée par la classification « d’invasives » des trois espèces suivantes Faxonius immunis, Cherax detructor, Marisa cornuarietis pour lesquelles l’aquariophilie est mise en cause dans une possible dissémination de ces animaux hors de leur milieu naturel.
Faxonius immunis est signalée en Allemagne depuis 1998 et elle se rencontrerait essentiellement dans l’est de la France. S’il a été constaté que l"espèce est porteuse de la peste des écrevisses, (Aphanomycose), à notre connaissance, il n’a pas été démontré qu’elle en est un vecteur vraiment significatif. En aquariophilie sa présence est relativement récente et anecdotique. L'espèce est surtout connue comme appât de pêche, notamment dans son pays d’origine, d'où sa diffusion plus probable comme appât vivant. Il apparait donc clairement que l’aquariophilie ne devrait pas être considérée comme le vecteur d’introduction de cette espèce.
Cherax destructor, en Australie, son pays d’origine, est une écrevisse qui fait l’objet d’une exploitation commerciale. Cette espèce est actuellement exportée vers certains pays d’Europe pour la consommation.
L’espèce a été introduite en Europe (1983) en élevage pour la production alimentaire. En Espagne quelques populations se sont acclimatées mais ont disparu, éradiquées par la peste de l’écrevisse. L’espèce a également été signalée en Italie et en Suisse. Or, son impact environnemental est très peu documenté. Si l’espèce pourrait être potentiellement susceptible de coloniser certains milieux aquatiques, on notera qu’elle est néanmoins classée vulnérable par l’IUCN, du fait notamment de sa sensibilité à la pollution organique et aux insecticides.
En aquariophilie sa présence est également anecdotique du fait de sa taille adulte (10 à 15 cm).
Là aussi il est improbable que l’aquariophilie soit un vecteur de dissémination significatif par rapport à l’élevage aquacole pour l’alimentation.
Marisa cornuarietis est une espèce d’escargot de la faune aquatique du nord de l'Amérique du Sud. Son aire de répartition naturelle inclue notamment la Guyane française. Son classement au rang des espèces invasives nous interpelle. Au demeurant et sauf erreur de notre part, étant donné que cette espèce est naturellement présente sur des
territoires ultramarins français, son classement en tant qu’espèce invasive ne devrait donc concerner que la France métropolitaine et plus généralement les pays de l’Europe continentale.
Or, la température létale basse pour ce gastéropode se situe à 8°C et il devient inactif à des températures inférieures à 18°C. Son classement en tant qu’espèce invasive en Europe nous interroge donc.
De plus, Marisa cornuarietis est considéré comme un agent de lutte biologique contre Biomphalaria glabrata , hôte intermédiaire du trématode Schistosoma mansoni, responsable de la schistosomiase intestinale (bilharziose). Par ailleurs, dans diverses zones tropicales, il a été considéré comme un moyen de lutter contre divers
végétaux envahissants (Hydrilla verticillata, Eichhornia crassipes, etc…). Ce gastéropode a donc été introduit intentionnellement dans des régions tropicales hors de son aire d’origine.
L’aquariophilie n’est donc probablement pas un vecteur significatif de la dissémination de cette espèce tropicale et l’aquariophilie européenne ne pourrait, en aucun cas, être à l’origine d’une telle dissémination si celle-ci était avérée.
Pour conclure notre Fédération exclut que l’aquariophilie puisse être un mode significatif de dissémination des espèces en cause et, à moins que cela puisse nous être démontré, nous ne comprenons pas l’intérêt du classement de l’espèce Marisa cornuarietis au rang des espèces invasives sur le continent européen.
Photo : Cherax destructor (Licence CC)


