
Dans le domaine de l’aquariophilie, certaines associations se distinguent par un engagement allant bien au-delà de la simple pratique d'un loisir.
La CIL-IBSC (Communauté Internationale pour les Labyrinthidés – International Betta Splendens Club) illustre parfaitement cette approche, en mettant l’élevage au service de la conservation de la biodiversité.
Cet engagement a été reconnu cette année par l’attribution de la dotation fédérale « Élevage conservatoire ex situ ».
Affiliée à la Fédération Française d’Aquariophilie, (reconnue d’utilité publique et agréée « Protection de l’environnement » et « Jeunesse et éducation populaire), la CIL-IBSC coordonne un réseau d’éleveurs bénévoles répartis partout en France. Leur mission : sauvegarder des espèces menacées de poissons à labyrinthe, comme Betta rubra, Betta hendra ou encore Parosphromenus deissneri, trois espèces classées « en danger » ou « en danger critique » sur la liste rouge de l’UICN.
Préserver plutôt que prélever
Ces poissons d’Asie du Sud-Est vivent dans des milieux aussi discrets que fragiles : marécages, tourbières et ruisseaux forestiers aux eaux sombres, acides et peu oxygénées.
Mais ces écosystèmes, souvent considérés comme « improductifs », subissent une pression croissante : déforestation massive, drainage des zones humides, culture du palmier à huile, pollution agricole et exploitation minière.
Résultat : des populations naturelles en déclin rapide, parfois proches de la disparition.
Face à ce constat, la CIL-IBSC a choisi d’agir à son échelle, en mettant en place un programme de parrainage pour l’élevage conservatoire ex situ.
L’objectif est double :
• Conserver les espèces menacées par la reproduction en milieu protégé pour maintenir des lignées saines et éviter les prélèvements en milieu naturel ;
• Sensibiliser le public à travers des articles, des expositions et des événements aquariophiles.
Le but de la CIL-IBSC n’est pas de produire pour le commerce, mais de maintenir des souches identifiées et stables, afin qu’elles ne disparaissent pas.
Des élevages rigoureux et coordonnés
Chaque éleveur de la CIL-IBSC dispose d’une pièce dédiée, souvent de 3 à 10 m², transformée en véritable laboratoire aquariophile.
L’installation type comprend :
• Un osmoseur pour une eau douce et acide (conductivité <100 µS/cm, pH 4,5–6,5) ;
• un éclairage LED tamisé, recréant la lumière filtrée des forêts tropicales ;
• un décor naturel fait de racines, feuilles et noix de coco ;
• une filtration douce via filtres exhausteurs ;
le tout sous contrôle précis des paramètres (pH, conductivité, température).
Les cuves, sans substrat pour faciliter l’hygiène, numérotées et répertoriées, sont régulièrement entretenues avec un changement d’eau d’une à trois fois par semaine.
Les poissons sont nourris avec des proies vivantes ou congelées - artémias, daphnies, vers de vase, micro-vers … - garantissant une alimentation variée et naturelle.
Chaque reproduction fait l’objet d’un suivi méticuleux : date de ponte, nombre d’alevins, paramètres de l’eau, comportement des couples etc.
Ces données alimentent un suivi collectif, permettant à la CIL-IBSC d’évaluer l’état des populations maintenues et de coordonner les renouvellements de générations.
Une passion au service de la science
Derrière chaque aquarium, il y a des heures d’observation, de soin et de patience.
L’entretien d’une espèce représente environ 90 heures de travail par an, entièrement bénévoles.
L’investissement matériel reste modéré - quelques centaines d’euros pour l’installation - mais exige rigueur et constance : osmoseur, réserves d’eau, pompes à air, instruments de mesure… tout est calibré pour le bien-être des poissons et la qualité scientifique du suivi.
Ce travail collectif constitue une véritable base de données vivante, où chaque éleveur devient le maillon d’un réseau de conservation.
La traçabilité génétique et la coopération entre membres assurent la pérennité des souches et l’authenticité des lignées maintenues.
Une démarche soutenue par FédéAqua
Consciente de la valeur de ce travail, la Fédération Française d’Aquariophilie apporte son soutien via une dotation fédérale pour l’élevage conservatoire ex situ.
Cette aide financière, attribuée en 2025 à la CIL-IBSC, permet de renforcer les connaissances, les moyens techniques … et de développer des actions de conservation in situ dans les régions d’origine des espèces.
Au-delà du soutien matériel, cette reconnaissance fédérale souligne la dimension citoyenne et environnementale de l’aquariophilie moderne : un loisir responsable, formateur et utile à la préservation du vivant.
Quand la passion devient engagement
Grâce à ses membres et à l’encadrement de la Fédération, la CIL-IBSC démontre que l’aquariophilie peut être bien plus qu’un simple loisir.
En combinant rigueur scientifique, sens du partage et respect du vivant, elle contribue activement à la sauvegarde d’un patrimoine naturel unique : celui des poissons à labyrinthite, témoins discrets mais essentiels de la biodiversité asiatique.
Cette démarche s’inscrit dans une vision à long terme, où chaque aquarium devient un refuge miniature, et chaque éleveur, un gardien de la biodiversité.
Texte rédigé à partir du dossier de la CIL-IBSC : " Programme de parrainage pour l’élevage conservatoire ex situ", lauréat de la dotation fédérale “Élevage conservatoire” 2025.


