Atelier de Ljubljana (Slovénie) : derrière la réglementation des animaux non domestiques, un enjeu à l’échelle de l’Union européenne
Les 19 et 20 novembre 2026, un atelier consacré à la détention des animaux sauvages se tiendra à Ljubljana, en Slovénie.
Présentée comme un espace de réflexion sur l’évolution de la réglementation, cette initiative s’inscrit dans un débat qui dépasse largement le cadre slovène : au niveau de l’Union européenne, plusieurs organisations développent depuis plusieurs années des actions de plaidoyer en faveur d’un encadrement renforcé de la détention des animaux sauvages et de la mise en place de « listes positives ».
L’analyse des financements, des réseaux et des positions des principaux acteurs permet ainsi de mieux comprendre les enjeux européens qui se dessinent derrière cet événement.
Financement et influence des organisations derrière l'atelier de Ljubljana sur la détention d'animaux sauvages
Note d'information à l'attention du gouvernement de la République de Slovénie · 3 octobre 2026
1. Objet
Les 19 et 20 novembre 2026, l'Administration pour la sécurité alimentaire, le secteur vétérinaire et la protection des végétaux (UVHVVR), le Centre national pour le bien-être animal et la Faculté de médecine vétérinaire de l'Université de Ljubljana accueilleront, en collaboration avec la fondation néerlandaise AAP (Animal Advocacy and Protection), un atelier intitulé « Détention d'animaux sauvages, risques partagés — Construire une meilleure réglementation du commerce des animaux de compagnie ».
Son objectif officiel est de soutenir les gouvernements dans les discussions à l'échelle des États membres et de l'UE concernant la détention d'animaux sauvages comme animaux de compagnie.
Cette note expose, à partir de sources publiques, qui finance les organisations qui portent cette initiative, comment elles sont structurées et quel résultat politique elles ont déjà engagé. Son but est d'aider les autorités slovènes à s'assurer qu'un événement portant leur nom reste équilibré et que ses conclusions ne soient pas présentées comme un consensus technique neutre.
2. Principales conclusions
- Le co-organisateur est un partisan déclaré d'un résultat prédéterminé.
AAP indique dans le Registre de transparence de l'UE que ses ambitions incluent « la lutte contre la détention privée d'animaux sauvages ». Ses principaux dossiers européens incluent l'étude de faisabilité sur la liste positive de l'UE, et elle est membre de la coalition espagnole pour la liste positive. L'atelier est donc organisé par une partie prenante au débat même qu'il prétend éclairer.
- AAP fait partie d'un réseau de lobbying bruxellois plus vaste.
AAP est membre d'Eurogroup for Animals et indique que le personnel d'Eurogroup la représente également auprès des institutions de l'UE. Les deux structures ont rencontré ensemble la Commission en avril 2026 au sujet du plan d'action contre le trafic d'espèces sauvages.
- Eurogroup for Animals est un pur organe de plaidoyer, très dépendant d'un bailleur de fonds philanthropique américain.
Sur son budget de 6,50 millions d'euros en 2025, 2,30 millions d'euros (≈ 35 %) provenaient d'un seul bailleur américain, Open Philanthropy. Les dons du public ne s'élevaient qu'à 169 170 € (≈ 2,6 %).
- Une influence professionnalisée à grande échelle.
Eurogroup déclare 73 lobbyistes, 25 accréditations au Parlement européen et 94 réunions de haut niveau avec la Commission.
- AAP dispose de ressources et de réserves considérables.
Un revenu de 14,56 millions d'euros en 2025 et des réserves et fonds affectés de 35,66 millions d'euros — soit environ 2,8 ans de dépenses totales.
- Les parties prenantes directement touchées par toute restriction
Éleveurs, détenteurs, vétérinaires spécialistes, zoos, associations d'amateurs, secteur du commerce d'animaux de compagnie et autorités scientifiques CITES — ne figurent pas parmi les organisateurs.
3. Eurogroup for Animals
Nature
Organisation « faîtière » basée à Bruxelles, inscrite au Registre de transparence de l'UE depuis 2008 (ID 6809935493-49). Son mandat déclaré est « d'obtenir une meilleure législation, de meilleures normes et une meilleure application » — c'est-à-dire un travail d'influence politique. Elle ne déclare aucune opération directe de soins aux animaux ; le travail du terrain, lorsqu'il existe, est effectué par ses organisations membres.
Revenus 2025 (budget organisationnel total : 6 498 204 €) :
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Source |
Montant |
Part |
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Cotisations des membres (payées par les ONG membres) |
3 036 569 € |
46,7 % |
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Subventions (dont Open Philanthropy : 2 295 609 €) |
3 137 686 € |
48,3 % |
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Dons |
169 170 € |
2,6 % |
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Autres |
154 779 € |
2,4 % |
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Subventions UE (CE Horizon : 51 462 € ; DG ENV : 38 556 €) |
Incluses ci-dessus |
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Source : Registre de transparence de l'UE via LobbyFacts, enregistrement du 22 juin 2026.
Dépendance à long terme envers un seul bailleur
La base de données de subventions Trace (Manifund) enregistre 21,96 millions USD reçus par Eurogroup au travers de 18 subventions entre 2016 et 2025, dont 99 % proviennent d'un seul bailleur de fonds (répertorié sous le nom de Coefficient Giving, le programme de financement d'Open Philanthropy). Cela comprend 5,43 millions USD en décembre 2025 pour le « plaidoyer pour le bien-être des animaux d'élevage dans l'UE » et 5,70 millions USD en novembre 2022. Les objectifs des subventions sont explicitement orientés vers le plaidoyer : « Stratégie commerciale de l'UE », « Plaidoyer pour le bien-être des poulets » et le financement de personnel pour « entraver la déréglementation de l'UE sur l'élevage d'insectes par la recherche, la coordination et le lobbying ».
Empreinte du lobbying
73 lobbyistes déclarés (9 ETP), 25 accréditations actives au Parlement européen, 94 réunions de haut niveau publiées avec des commissaires, cabinets et directeurs généraux depuis 2014, y compris des réunions répétées avec le cabinet de la présidente de la Commission en 2025-2026.
Les coûts de lobbying historiques déclarés ont atteint 1,375 million d'euros par an (2011-2013) et 950 000 € (2018-2019) ; depuis 2021, les entités non commerciales ne sont plus tenues de déclarer un budget de lobbying.
Évaluation
Eurogroup fonctionne comme une structure professionnelle de politique publique et de lobbying dont la plus grande source individuelle de revenus externes provient d'une fondation philanthropique américaine, et dont les revenus issus du grand public sont marginaux. Sa légitimité à s'exprimer au nom des citoyens européens sur la détention d'animaux doit être évaluée en conséquence.
4. AAP – Animal Advocacy and Protection (Stichting AAP)
Nature
Fondation néerlandaise (Almere) disposant d'un second site à Villena, en Espagne. Inscrite au Registre de transparence de l'UE seulement depuis novembre 2024 (ID 158246594689-80).
Remarque d'équité
Contrairement à Eurogroup, AAP gère des centres de refuge et consacre la majeure partie de son budget à ces derniers (10,27 millions d'euros affectés aux objectifs en 2025). Cette note ne remet pas en cause ce travail. Le problème est différent : AAP associe un modèle économique de refuge — dont la collecte de fonds repose sur l'idée que la détention privée d'animaux exotiques est intrinsèquement néfaste — à une campagne législative explicite visant à restreindre cette détention.
Finances 2025 (CBF, organisme néerlandais de régulation des œuvres caritatives) :
- Revenu total : 14 564 765 €
— provenant de particuliers : 11 660 467 € (80 %) - Dépenses totales : 12 697 022 €
- Dépenses liées aux objectifs : 10 273 791 €
- Réserves et fonds affectés : 35 659 680 €
- Personnel rémunéré / bénévole : 98 / 214
AAP reçoit également une contribution annuelle de la Loterie Nationale des Codes Postaux néerlandaise, des financements gouvernementaux pour la prise en charge d'anciens chimpanzés du laboratoire BPRC, ainsi qu'une subvention du Corps européen de solidarité financée par l'UE (111 679 € en 2025 ; 144 000 € en 2026).
Agenda politique
L'entrée au registre d'AAP indique 7 lobbyistes (2,55 ETP) et les dossiers UE suivants : étude de faisabilité sur la liste positive de l'UE, pétition PETI, proposition UE chiens et chats, plan d'action contre le trafic d'espèces sauvages, CITES, législation sur la santé animale, espèces exotiques envahissantes, directive Zoos. Elle fait campagne pour une liste positive de l'UE depuis au moins 2017, a lancé la campagne #WildAnimalsNotPets en 2025 et a co-organisé avec Eurogroup le lancement d'un livre blanc sur une liste positive européenne en 2023. Les registres du CBF classent la Slovénie parmi ses 28 zones d'activité.
Évaluation
AAP n'est pas un facilitateur neutre. Son objectif déclaré est la restriction de la propriété privée via des listes positives, et elle est coordonnée avec Eurogroup au niveau européen. Un atelier qu'elle co-organise vise logiquement à orienter les débats vers cette conclusion.
5. Risques pour les autorités slovènes
- Légitimité d'emprunt. Les logos du ministère de l'Agriculture et de l'Université de Ljubljana apparaissent sur la page de l'événement d'AAP. Les conclusions pourraient plus tard être citées à Bruxelles comme reflétant la position officielle du gouvernement slovène ou des gouvernements d'Europe centrale.
- Base de preuves unilatérale. Les listes positives sont contestées : leur efficacité, leur proportionnalité et leur compatibilité avec le marché intérieur de l'UE ainsi qu'avec la réglementation basée sur la CITES font débat. Un atelier sans voix critiques ne peut pas éclairer équitablement une politique nationale.
- Fixation de l'agenda avant toute consultation officielle. L'événement cadre le problème (« risques partagés ») et la solution (« meilleure réglementation du commerce des animaux de compagnie ») en amont de toute proposition formelle de l'UE.
- Un plaidoyer financé par l'étranger qui façonne la politique nationale. Le réseau élargi est financé en grande partie par un bailleur américain poursuivant une stratégie explicite de plaidoyer auprès de l'UE.
6. Recommandations
- Exiger l'ordre du jour complet ainsi que la liste des intervenants, et vérifier la représentation des parties prenantes concernées : fédérations d'éleveurs et de détenteurs, vétérinaires spécialistes (animaux exotiques), associations de zoos, autorité scientifique CITES et universitaires indépendants aux avis divergents.
- Inviter ces parties prenantes en tant qu'intervenants, et pas seulement comme simples auditeurs, ou co-organiser une session distincte et équilibrée.
- Demander à AAP de divulguer le mode de financement de l'événement et d'indiquer si des fonds proviennent d'organisations menant une campagne déclarée en faveur de la liste positive de l'UE.
- Déclarer clairement, par écrit, que l'accueil de cet événement n'implique aucun soutien à un modèle réglementaire particulier et qu'aucune conclusion ne sera présentée comme la position officielle du gouvernement slovène ou régional.
- Baser toute décision nationale sur une étude d'impact réglementaire complète et sur une consultation publique, et non sur les conclusions de cet atelier.
7. Sources
- Registre de transparence de l'UE, Eurogroup for Animals (6809935493-49), via LobbyFacts :
https://www.lobbyfacts.eu/datacard/eurogroup-for-animals?rid=6809935493-49
- Registre de transparence de l'UE, AAP (158246594689-80), via LobbyFacts :
https://www.lobbyfacts.eu/datacard/aap-animal-advocacy-and-protection?rid=158246594689-80
- Base de données des subventions Trace (Manifund), Eurogroup for Animals :
https://trace.manifund.org/orgs/eurogroup-for-animals
- CBF (régulateur néerlandais des œuvres caritatives), passeport AAP, chiffres 2025 :
https://cbf.nl/organisaties/aap
- Page de l'événement AAP :
https://en.aap.eu/wild-animal-ownership-central-europe/
Infos récupérées sur le groupe Whatsap des éleveurs européens



